La redéfinition de l'histoire
L’une des ruptures les plus significatives de la Renaissance avec la tradition se produit dans le domaine de l’histoire. L'histoire, en devenant une discipline littéraire, sort du joug de la théologie. Les historiens de la Renaissance ont une vision séculière du temps et adoptent une attitude critique envers les sources. Ils rejettent en effet la vision médiévale chrétienne de l’histoire (Création, venue de Jésus et Jugement dernier) ; leur propre vision, qui comporte également trois parties, place l’homme au cœur de l’histoire : à l’âge d’or de l'Antiquité succède la période jugée obscure du Moyen Âge (ou Âge intermédiaire), puis le nouvel âge d’or débutant.
Tandis que les savants médiévaux condamnaient le monde païen gréco-romain (car peuplé d’ignorants et de barbares vivant dans le dernier âge avant le Jugement dernier), leurs homologues de la Renaissance révèrent les Anciens, et proclament que leur propre époque est celle de la lumière et de la renaissance des classiques. Cette vision est exprimée par de nombreux penseurs de la Renaissance, appelés humanistes.
L'humanisme
L'humanisme est une autre rupture culturelle avec la tradition médiévale, voire la plus importante. Il s’agit d’ »attacher la plus grande importance aux études classiques et à considérer l’Antiquité classique comme le standard et le modèle communs par lesquels guider toute activité culturelle » (Paul Oscar Kristeller). Les textes classiques sont étudiés et évalués pour leur valeur propre, et non pour servir à embellir et justifier la civilisation chrétienne. Le profond intérêt pour l’Antiquité s’exprime dans une quête fervente et réussie des manuscrits classiques : les dialogues de Platon, les histoires d'Hérodote et de Thucydide, les œuvres des dramaturges, poètes et Pères de l’Église grecque sont redécouverts et, pour la première fois, éditées de manière critique. Grâce à la venue d’érudits byzantins qui, après la prise de Constantinople par les Ottomans (1453), se réfugient à Venise, Florence, Ferrare et Milan, l’étude du grec se développe aux xve et xvie siècles.
Bien que cette étude de la littérature, de l’histoire et de la philosophie morale antiques s’avère parfois n’être qu’une simple imitation des auteurs classiques, elle cherche à produire des hommes libres et civilisés, des individus pourvus de goût et de jugement. La perfection du corps par l’exercice physique, un idéal rarement reconnu au Moyen Âge, devient un objectif essentiel de l’enseignement de la Renaissance. Les études humanistes — tout comme les grands efforts artistiques de cette époque — sont encouragées et soutenues financièrement par de grandes familles comme les Médicis à Florence, les Este à Ferrare, les Sforza à Milan, les Gonzague à Mantoue, ainsi que les ducs d'Urbino, les doges de Venise et les papes à Rome. En France, la Renaissance italienne est introduite et favorisée par François 1er, à partir de 1515.
L'économie
Le développement de techniques commerciales et financières — comme la comptabilité, les lettres de change et les assurances sur les voyages — par les marchands italiens médiévaux, permet aux villes italiennes de financer et de contrôler le commerce européen. Sous la direction de quelques familles comme les Fugger ou les Médicis, de grands empires commerciaux se constituent alors. L’apparition de monopoles permet à d’autres familles de se constituer une fortune suffisante pour donner dans le mécénat : Jacques Cœur obtient plusieurs monopoles, comme celui du sel dans la vallée de la Loire.
Moins hiérarchisée et plus intéressée par des objectifs séculiers, cette société mercantile fluide contraste fortement avec la société rurale traditionaliste de l’Europe médiévale. Dans une moindre mesure, les techniques industrielles évoluent également. Ainsi, les inventions du rouet et du tricot permettent une avancée de l’industrie textile. De même, l’apparition en Italie, puis en France, de l’industrie de la soie, jusqu’alors importée d’Orient, enrichit luxueusement l’art vestimentaire.
La religion
Les clercs de la Renaissance, en particulier dans le haut clergé, modèlent leur comportement sur les mœurs et la morale de la société laïque. Les activités des papes, des cardinaux et des évêques sont à peine différentes de celles des marchands et des personnages politiques. Au même moment, le christianisme reste un élément vital et essentiel de la culture de la Renaissance. Des prêcheurs (comme Bernardin de Sienne), des théologiens et des prélats (comme Antonin de Florence) attirent un large public qui les vénèrent. La traduction de la Bible en langue vulgaire (en anglais par John Wycliffe, en tchèque par Jan Hus, en allemand par Martin Luther, en français par Lefèvre d’Étaples, etc.), de même que l’apparition de l’imprimerie permettent le développement de réflexions théologiques nouvelles. La Renaissance est aussi une explosion de mouvements religieux, comme l’apparition de la Réforme en marge de l’Église romaine (le protestantisme), de l’ordre romain des jésuites ou du mouvement catholique connu sous le nom de Contre-Réforme.
De plus, bon nombre d’humanistes s’occupent de questions de théologie et appliquent les nouvelles connaissances philologiques et historiques à l’étude et à l’interprétation des textes des Pères de l’Église. L’approche humaniste de la théologie et de la Bible peut être retracée dans l’œuvre de Pétrarque jusqu’à celle d’Érasme : elle exerce une grande influence sur les catholiques et les protestants. Cette floraison d’idéaux humanistes côtoie néanmoins les réflexions les plus intolérantes : la Renaissance est également l’époque des guerres de Religion, du mépris des cultures non européennes, de l’esclavagisme.
Source : "Renaissance" Encyclopédie Microsoft® Encarta® 2008
Renaissance en Italie - Quattrocento